Calligraphie sténographique : l’art d’écrire des signes qui respirent
Note introductive
Ce blog est dédié à la Calligraphie Sténographique, une forme d’art développée par Martín Córdoba, sténographe argentin. Sa pratique s’inspire de la riche tradition du Système Pitman en espagnol, méthode diffusée par les Academias Pitman d’Argentine.
Le
professeur Juan María Jan (Jean-Marie Jan), d’origine française et formé aux
États-Unis, fut l’un des fondateurs des Academias Pitman à Buenos Aires en 1919. C’est lui qui
traduisit en espagnol, perfectionna et simplifia le système créé par Sir Isaac Pitman. Sa méthode fut éditée et publiée par les Academias Pitman sous le titre Taquigrafía Pitman Comercial y Parlamentaria.
Dans cette
œuvre, Martín Córdoba explore la dimension esthétique des signes
sténographiques, au-delà de leur fonction première de vitesse et de
transcription. La Calligraphie Sténographique transforme ces signes
rapides en gestes artistiques, invitant à la contemplation, à l’harmonie et au
silence qui respire dans chaque trait.
Ce blog
présente une pratique née d’une passion pour la forme, le rythme et
l’écriture lente. Il invite les lecteurs francophones à découvrir une écriture
qui chante, même lorsqu’elle ne se lit pas littéralement.
Bienvenue dans cet espace où les signes sténographiques deviennent musique visuelle.
Calligraphie sténographique : l’art d’écrire des signes qui respirent
Par Martín Córdoba
La
sténographie a historiquement été considérée comme une technique au service de
la vitesse, de la synthèse et de la précision. Pendant des années, je l’ai
pratiquée comme sténographe parlementaire et d’éloquence sacrée ; je l’ai
utilisée lors de concours de vitesse sténographique, je l’ai enseignée à de
nouvelles générations d’étudiants et je l’ai considérée comme un outil
indispensable au registre fidèle de la parole prononcée. Cependant, avec le
temps, j’ai découvert que les signes sténographiques, loin d’être de simples
traits fonctionnels, possèdent une force esthétique propre : une beauté
silencieuse qui se révèle lorsqu’on les observe avec d’autres yeux, ceux qui contemplent ; non ceux qui courent.
C’est ainsi
qu’est née, presque par intuition artistique, la calligraphie sténographique.
Non comme une négation de la fonction originelle du système, mais comme une
extension de son sens. Cette pratique consiste en la création artisanale de
signes sténographiques à des fins visuelles et expressives, non rapides ni
utilitaires. C’est une manière d’écrire dans laquelle chaque trait recherche
harmonie, clarté et rythme, comme si chaque cercle, ellipse, courbe ou trait
droit respirait par lui-même, à l’écart de la hâte du dictée.
Qu’est-ce que la calligraphie sténographique ?
La
calligraphie sténographique est une forme d’écriture esthétique fondée sur les
signes du Système Pitman, bien que son esprit puisse aisément s’étendre à
d’autres systèmes. Son propos n’est pas la vitesse ni la transcription
fonctionnelle, mais l’expression visuelle et harmonieuse des traits. C’est la
sténographie sans précipitation : une pratique qui fuit le vertige de la dictée
pour embrasser le rythme paisible de la contemplation.
Dans cette
modalité, les signes sont exécutés avec soin, à l’aide de techniques de
calligraphie traditionnelle, recherchant l’équilibre, la clarté, le dynamisme
graphique et la beauté formelle. Chaque ligne, droite ou courbe, chaque espace
entre les signes, est pensé non comme un moyen vers une fin, mais comme une fin
en soi, digne d’être observé et apprécié pour sa forme.
Il s’agit
d’une discipline qui transforme la note rapide en geste artistique. En
calligraphie sténographique, les signes ne sont pas uniquement des porteurs de
sens : ce sont aussi image, geste et composition. Cette écriture peut être
admirée par qui connaît la sténographie, mais aussi par qui se laisse
simplement émouvoir par la danse des traits.
L’origine : des feuilles nées du trait lent
En 2005,
j’avais déjà calligraphié les abréviations (gramálogos) du Manual de
gramálogos parlamentarios. Et c’est en 2010 que j’ai décidé de mener une
petite expérience personnelle : prendre quelques textes qui résonnaient
profondément en moi —des chansons, des poèmes, des extraits spirituels et
juridiques— et les représenter en Sténographie Pitman, méthode des Academias Pitman d’Argentine. Je l’ai fait sans l’urgence de la transcription ni le
vertige de la dictée, mais avec lenteur, avec intention esthétique, avec le
pouls serein de celui qui veut dessiner plutôt qu’enregistrer.
C’est ainsi
que sont apparues les premières feuilles de calligraphie sténographique :
vingt-trois pièces manuscrites, réalisées à la main, avec des techniques de
calligraphie traditionnelle que j’ai apprises entre 1994 et 1995 au Cours de
Calligraphie des Academias Pitman de Tucuman, Argentine, selon la méthode du
professeur Eduardo N. Calcagno. J’ai mis le plus grand soin dans chaque trait,
cherchant non seulement la fidélité du signe, mais aussi la beauté de la forme.
Certaines de
ces feuilles transcrivent des chansons profondément émouvantes telles que La
saeta, Color esperanza ou Sueña. D’autres reprennent la
poésie d’Alfonsina Storni, Baldomero Fernández Moreno et Leopoldo Lugones. J’ai
également inclus le Notre Père orthodoxe et le Préambule de la
Constitution de la Nation Argentine. Je ne l’ai pas fait avec un souci
académique ou exhaustif, mais mue par un désir intime de montrer que les signes
sténographiques peuvent aussi être des gestes poétiques.
Une écriture que l’on écoute avec les yeux
Beaucoup de
gens m’ont dit qu’ils ne savent pas la sténographie, mais qu’en regardant ces
feuilles ils ressentent une espèce d’émotion étrange, comme si les signes leur
parlaient, bien qu’ils ne comprennent pas leur langue. Cette réaction me
confirme ce que j’ai pressenti dès le début : la calligraphie sténographique
n’a pas besoin d’être décodée pour être ressentie. Il suffit de s’arrêter, regarder, laisser les traits nous
envelopper.
À plusieurs reprises, j’ai
recommandé —et je le réitère ici— d’écouter les chansons pendant qu’on observe
leur feuille calligraphique respective. Cette pratique intensifie
l’expérience sensorielle, puisque le rythme visuel se voit complété par le
rythme musical. Le signe sténographique, aligné à la mélodie, prend vie : il devient
trait vibrant, forme qui chante.
Même ceux
qui ne connaissent pas les principes du Système Pitman peuvent jouir de cette
écriture. La calligraphie sténographique n’exige pas d’interprétation
littérale : elle invite à une contemplation libre, comme celui qui observe une
partition sans lire la musique ou un tableau sans connaître la technique de
l’huile. Il y a de la beauté dans le geste lui-même.
L’héritage d’un trait
J’ai réalisé
ces feuilles parce que je le sentais nécessaire, car, après des années à
travailler la sténographie comme outil, j’ai vu dans ses signes autre chose :
une esthétique voilée, une harmonie cachée, qui demandait à être révélée.
Aujourd’hui,
peut-être sans l’avoir prévu, ces feuilles se sont transformées en une petite
constellation de traits cherchant à ouvrir un chemin. Si un jour quelqu’un
décide d’emprunter cette voie, d’explorer sa propre calligraphie sténographique
et de composer de nouveaux signes avec un esprit visuel, mon plus grand souhait
est qu’il le fasse avec l’honnêteté du trait lent et le dévouement pour la
forme.
La
calligraphie sténographique ne requiert ni permission ni doctrine, mais elle
exige l’amour des signes, l’attention au détail et une oreille fine pour les
silences que chaque écriture trace également. J’ai simplement voulu montrer que
les signes peuvent être contemplés : qu’ils écrivent, oui, mais aussi
respirent.
© Martín E.
Córdoba, 2025. Tous droits réservés. Cet article a été écrit depuis la
contemplation et le respect de la forme. Toute reproduction, totale ou
partielle, par quelque moyen que ce soit, requiert l’autorisation expresse de
l’auteur. Le partage en citant la source honore le trait lent et la parole qui
respire. La Calligraphie Sténographique (Caligrafía Taquigráfica) est un concept original de
l’auteur, développé en 2010.